PRÉSENCES DES AFRIQUES, DES CARAÏBES
ET DE L'OCÉAN INDIEN DANS L'ARMÉE FRANÇAISE (1765-2013)

À l'occasion des célébrations du 100e anniversaire de la Grande Guerre (1914-1918) et du 70e anniversaire de la Libération (1943-1945), cette exposition qui accompagne la série de films Frères d’Armes, retrace une aventure unique. Il y a près de deux cent cinquante ans, la marine française recrutait des matelots (les Laptots) sur les côtes du Sénégal. Au même moment, dans les Caraïbes, on intégrait des « combattants noirs » dans les unités régulières, une pratique qui se développe avec la Révolution française. Aux côtés des troupes venues du Maghreb et de celles plus lointaines de l’ex-Indochine, de Polynésie ou de Nouvelle-Calédonie, ces combattants originaires des Antilles-Guyane, de l’océan Indien et d’Afrique de l’Ouest écrivent une geste exceptionnellement riche sur le continent européen. Ce récit est le fruit d’un long travail de recherche et d’écriture, qui a accompagné l’édition de l’ouvrage La France noire et fait suite aux expositions L’Appel à l’Afrique et La Force noire, mais c’est aussi la mise en lumière d’un patrimoine exceptionnel rassemblé ici pour la première fois.

L’exposition s’attache à la présence de ces combattants dans l’Hexagone, elle nous parle des tirailleurs africains et malgaches, des combattants des Comores et de la Côte française des Somalis, des soldats créoles des Antilles-Guyane ou de ceux de la Réunion, des engagés kanaks de Nouvelle-Calédonie, mais aussi des combattants afro-américains qui, par deux fois, viennent combattre sur le sol de France. Si les décolonisations marquent un tournant, le visage que nous offre aujourd’hui l’armée française est le fruit de cette longue tradition de diversité. Retracer cette histoire, faire ressurgir les mémoires, c’est tenter de déconstruire un enchevêtrement de mythes, loin des images fabriquées. C’est aussi s’attacher à ce passé commun qui existe entre la France, l’Afrique et les outre-mer, et qui participe aujourd’hui d’une mémoire commune au cœur de notre société de la diversité.

Entre revalorisation des pensions militaires, commémorations régulières et mise en valeur de nombreux mémoriaux (Chasselay, Nogent-sur-Marne ou Fréjus), collections des musées ou des salles d’honneur du ministère de la Défense, transmission aux jeunes générations de combattants des décorations collectives décernées aux anciens, les mémoires se trouvent désormais célébrées au-delà des cercles militaires. Il est désormais temps de bâtir une histoire partagée, avec distance et critique, et de croiser les mémoires pour désormais « chanter » en commun nos « frères d’armes ».

Avec l’expédition d’Égypte (1798) et la conquête de l’Algérie (1830), du Moyen-Orient au Maghreb s’installe une tradition : celle de la présence de supplétifs ou de combattants réguliers arabo-orientaux dans les forces armées françaises. Dans le cadre de l’année commémorative qui s’annonce, des hommages à la Grande Guerre à travers un 100e anniversaire très attendu, et du 70e anniversaire de la Libération de la France (septembre 1943-mai 1945), ce récit tisse un lien fort entre passé et présent.

À travers une exposition qui rassemble un récit inédit, fruit du travail collectif sans précédent qui a accompagné l’édition de l’ouvrage La France arabo-orientale, il s’agit de sortir des mythes pour transmettre une histoire méconnue. L’armée d’Afrique tels les chasseurs d’Afrique s’est constituée à partir de 1830 avec la mise sur pied d’unités à recrutement « indigène » ou métropolitain (tirailleurs, spahis, zouaves, goumiers, méharistes…), stationnées en Algérie, en Tunisie (1881) et au Maroc (1912). L’armée française dispose alors de troupes issues de tout le Maghreb, les Européens et les Juifs d’Afrique du Nord servant eux aussi dans des corps spécifiques de l’armée d’Afrique. Ces unités jouent un rôle militaire considérable lors des conquêtes coloniales, dans les trois conflits européens et dans les guerres de décolonisation, aux côtés des troupes métropolitaines et des troupes venues des « vieilles colonies », d’Afrique, de l’océan Indien, d’Indochine, de Polynésie ou de Nouvelle-Calédonie.

L’armée française a toujours été une source d’émancipation, de promotion sociale, mais aussi de déception, car si la reconnaissance du sacrifice a été immédiate dans les armées, elle a ensuite été évacuée de la mémoire collective nationale. Depuis peu, elle commence de nouveau à irriguer la nation. Monuments du souvenir, sites de mémoire accueillant les cérémonies militaires ou les scolaires, collections des musées ou des salles d’honneur du ministère de la Défense, transmission aux jeunes générations de combattants des décorations collectives décernées aux anciens, autant d’éléments qui rappellent le souvenir de ceux qui se sont illustrés au service de la France. C’est tout cela que raconte cette exposition, et bien plus encore. Elle nous raconte comment, pendant plus de deux siècles, la France a su se construire dans l’espace militaire.

PRESENCES MAGHREBINES ET ORIENTALES
DANS L’ARMEE FRANÇAISE
(1798-2013)

Dans le cadre des commémorations du 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et du 70e anniversaire de la Libération du territoire français (1944-1945), cette exposition est l’occasion de revenir sur une histoire qui semble en partie oubliée : celle de l’ensemble des hommes venus d’Asie et du Pacifique, qu’ils soient Chinois, Indochinois (Vietnamiens, Laotiens, Cambodgiens), Tibétains, Indous, Polynésiens, Wallisiens ou Néo-Calédoniens venus combattre ou travailler sur le territoire français lors des deux conflits mondiaux. Dès 1737, et l’établissement des premiers comptoirs français en Inde, puis avec la conquête par étapes de la Polynésie et de la future Indochine (Annam, Tonkin, Cochinchine, Cambodge...), des milliers de supplétifs et tirailleurs « indigènes » sont recrutés dans l’armée française. Les unités de tirailleurs indochinois, constituées d’« Annamites » et de « Tonkinois », mais aussi de Laotiens et de Cambodgiens, sont créées au fur et à mesure de l’expansion coloniale de la France.

 

Ces unités vont jouer un rôle important dans la défense du territoire français au cours des deux conflits mondiaux et de la décolonisation, aux côtés des troupes venues des anciennes colonies du Maghreb, d’Afrique, de l’océan Indien, des Antilles-Guyane, de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie. Cette exposition est le fruit d’un travail collectif, effectué dans le cadre d’un programme de recherche inédit sur la diversité affichée par l’armée française dans les différents conflits du XXe siècle, en lien avec la longue histoire coloniale de la France. Ce projet s’organise en parallèle de la diffusion sur France Télévisions de la série de films événements retraçant à travers une cinquantaine de portraits de combattants, la diversité géographique du recrutement dans l’armée française.

 

Cette exposition évoque les combattants vietnamiens, cambodgiens et laotiens, les volontaires tahitiens et calédoniens, ceux venus des comptoirs des Indes ; mais aussi les travailleurs chinois et indochinois recrutés pour l’industrie de guerre française durant les deux grands conflits mondiaux, ainsi que les troupes indiennes et népalaises de l’Empire britannique venus combattre sur le territoire métropolitain. Longtemps absente de notre mémoire collective, et porteuse de toutes les contradictions et complexités liées à l’histoire coloniale, cette tradition de diversité et de sacrifices tend à ressurgir à l’occasion des commémorations actuelles, et des cérémonies militaires organisées aux mémoriaux comme ceux érigés dans le Jardin tropical de Nogent en hommage aux combattants d’Asie. Scrutant les mémoires au-delà des clichés et initiant une démarche de transmission des savoirs aux jeunes générations, ce programme conforte au-delà des cercles militaires une histoire en partage, contribuant à dénouer la complexité du passé colonial.

PRESENCE DES ASIATIQUES ET DU PACIFIQUE DANS L’ARMEE FRANÇAISE 
(1737-2014)