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Citations & poèmes

Militaires et frères d'armes en manœuvre

Dan les batailles et les conflits, quelle que soit leur nature, les frères d’armes restent à jamais gravés dans le cœur de ceux qui se sont retrouvés sous le feu ennemi. Longtemps après les terribles affres des batailles, ils continuent de marquer les esprits et les souvenirs. Si on ne compte plus les films qui mentionnent les Frères d’armes, en littérature, de nombreux auteurs, poètes, écrivains et réalisateurs n’ont pas oublié de les mentionner dans leurs œuvres et s’en sont inspirés.

Ici nous vous proposons une sélection de quelques textes en leur honneur de provenance variée. La première trace de l’appellation « frères d’armes » remonte à l’époque de William Shakespeare. Dans sa pièce Henry V, il utilise l’expression Band of Brothers juste avant la bataille d’Azincourt.

Quant à David Diop, il a sorti en 2018 un roman appelé « Frère d’âme » qui a reçu le prix Goncourt des lycéens. Dans son œuvre, il met en exergue Alfa Ndiaye, un tirailleur sénégalais, qui raconte son vécu de la guerre, où il a perdu son frère d’armes. Dans son célèbre poème écrit à Paris en avril 1940, Léopold Sédar SENGHOR s’adressait à ses frères d’armes (tirailleurs sénégalais) auxquels il faisait d’inoubliables louanges.

Plus récemment, le capitaine Clément Frison-Roche, l’un des 13 militaires morts au Mali le 26 novembre 2019, a laissé un poème intitulé Pour que vive la France. Dans ce court poème, il nous parlait des frères d’armes qui se sont déjà battus pour la France et de la nouvelle génération qui défend les intérêts de l’Hexagone. Enfin, notre périple nous entraînera du côté de la musique avec une traduction de la chanson Brother in Arms de Mark Knopfler du groupe Dire Straights.


À compter de ce jour jusqu’à la fin du monde,
Mais en lui, on s’en souviendra de nous
Nous la poignée d’hommes, nous les quelques-uns heureux, nous la bande de frères ; Car celui qui verse aujourd’hui son sang avec moi Sera mon frère. (Acte IV, scène III)

William Shakespeare, Henry V (vers 1599)


 » La France du capitaine a besoin de notre sauvagerie et comme nous sommes obéissants , moi et les autres, nous jouons les sauvages. Nous tranchons les chairs ennemies , nous estropions , nous décapitons, nous éventrons . « 

Frère d’âme de David Diop( 2018)

« L’être humain cherche toujours des responsabilités absurdes aux faits.C’est comme ça. C’est plus simple.Je le sais ,je l’ai compris ,à présent que je peux penser ce que je veux.Mes camarades de combat ,Blancs et Noirs ont besoin de croire que ce n’est pas la guerre qui risque de les tuer ,mais le mauvais œil. Ils ont besoin de croire que ce n’est pas une des milliers de balles tirées par les ennemis d’en face qui les tuera par hasard.Ils n’aiment pas le hasard.Le hasard est trop absurde.Ils veulent un responsable . « 

Frère d’âme de David Diop( 2018)


Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas – non ! – les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.

Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse
Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre
Il chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l’élégance des ponts blancs
Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n’était pas sérieux, votre peau noire pas classique.

Ah ! ne dites pas que je n’aime pas la France – je ne suis pas la France, je le sais –
Je sais que ce peuple de feu, chaque fois qu’il a libéré ses mains
A écrit la fraternité sur la première page de ses monuments
Qu’il a distribué la faim de l’esprit comme de la liberté
À tous les peuples de la terre conviés solennellement au festin catholique.
Ah ! ne suis-je pas assez divisé ? Et pourquoi cette bombe
Dans le jardin si patiemment gagné sur les épines de la brousse ?
Pourquoi cette bombe sur la maison édifiée pierre à pierre ?

Pardonne-moi, Sîra-Badral, pardonne étoile du sud de mon sang
Pardonne à ton petit-neveu s’il a lancé sa lance pour les seize sons du sorong.
Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur,
Non de paître les terres, mais comme le grain de millet de pourrir dans la terre
Non d’être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette.

Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?
Vous, Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude, couchés sous la glace et la mort ?

Léopold Sédar Senghor (1940)


Canne, gants, chapeau de soie.
Les gants sont dans le chapeau
Et l’on voit passer les doigts,
A moitié, de blanche peau.

La canne en deux sens déborde
Le chapeau sans l’offenser
Mais avec art, scrupule, ordre,
Comme il sied entre pensers.

Il est de si graves charmes
Entre ces objets voisins
Qu’ils tournent aux frères d’armes
Choquant verres de vin fin.

Jules Supervielle


« Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête
Nos pères s’en allaient-ils bravant la destinée,
Tantôt l’air abattu par le poids des conquêtes,
Tantôt l’air guilleret de leurs jeunes années.

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,
Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.
Pas un ne regrettait mais tous avaient au cœur
Ce que signifiait mourir au champ d’honneur.

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,
Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,
Par-delà le Djebel et les vallées afghanes,
La souffrance et la peur étaient leur quotidien.

Mais pour que vive la France et la gloire de son nom,
Ils portèrent au front son prestigieux emblème,
Et subissant l’affront jusqu’à celui suprême,
Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,
Leurs corps meurtris exhibait une douleur extrême,
Et dans l’ultime soupir sur leurs visages blêmes,
Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond:

« Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
Prenez ici ma vie, je vous en fais le don,
Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond… »

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,
Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?
Ils t’ont donné leur cœur, ils t’ont donné leur vie,
N’est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

À tes illustres fils tombés pour la patrie,
Plutôt que souvenir tu préfères l’oubli,
À tes jeunes enfants disparus aujourd’hui,
Plutôt que bienveillance tu préfères le mépris.

Qu’adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?
Parmi les injustices de tes institutions,
Et le désintérêt de ta population,
Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront ?
Nulles considérations, seules quelques concessions !
Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons,
Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion !

Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom,
Ce serait avec foi mais non sans une question,
Pour que revive France et la gloire de son nom,
Je te lancerais sans haine ce dernier affront,

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,
Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,
Fera couler ces mots aux milles résonances :
« France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance ? »

Clément-Frison-Roche


Ces montagnes couvertes de brume
Sont une maison maintenant pour moi.
Mais ma maison est les plaines
Et le sera toujours.

Un jour tu reviendras,
Tes vallées et tes fermes
Et tu ne brûleras plus d’être
Frères d’armes
.

A travers ces champs de destruction,
Baptêmes du feu,
J’ai été témoin de ta souffrance.
Alors que la bataille faisait rage
Et même s’ils m’ont fait si mal.
Dans la peur et l’alarme,
Tu ne m’as pas abandonné
Mes frères d’armes
.

Il y a tellement de mondes différents,
Tant de soleils différents
Et nous n’avons qu’un seul monde.
Mais nous vivons dans des lieux différents
Maintenant le soleil est parti en enfer et
La lune monte haut

Laisse-moi te dire adieu.
Chaque homme doit mourir
Mais c’est écrit à la lumière des étoiles,
Et dans chaque ligne dans la paume de ta main.

Nous sommes des imbéciles pour faire la guerre
A nos frères d’armes

Dire Straits – Mark Knopfler – Brother in Arms